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Le Lac du Der, une mer en Champagne

Il existe des destinations exotiques en kayak de mer : Hébrides, Nouvelle-Zélande, Baie de Disko, lac Baïkal, Patagonie, Aléoutiennes … Il en existe de tout aussi exotiques, mais plus proches, parce que méconnues. Le kayak de mer sur nos lacs peut se révéler être une très bonne surprise.

Carnet d’aventures avait déjà dévoilé, par exemple, les merveilles du lac de Serre-Ponçon en hiver :
Kayak de mer sur le lac de Serre-Ponçon en hiver
Lac de Serre-Ponçon en kayak de mer
C’est une autre destination lacustre que nous vous proposons : le lac du Der, en Champagne, l’un des plus grands lac artificiel d’Europe.

Au programme, découverte de ses richesses naturelles. Lac artificiel, dont la mise en eau date des années 70, le Der trone au coeur d’un massif boissé de 6000 hectares (Der vient du mot celte dervos, qui signifie chêne). Des arbres (chênes, merisiers, frênes …), des fleurs (orchidées, iris …), une quarantaine d’espèces de mammifères (cerfs, renards, chats sauvages …), 45 variétés de libellules, des poissons qui attirent les pêcheurs (brochets, carpes, perches, sandres …), mais surtout des oiseaux, plusieurs centaines d’espèces d’oiseaux …

Nicheurs, migrateurs, hivernants, la gamme est complète : grèbe huppé, foulques, héron cendré, aigle pygargue à queue blanche, sterne pierregarin … Mais la star du lac reste la grue cendrée, qui fait ici sa principale étape en France sur son chemin vers le sud. C’est un oiseau magnifique, le plus grand (2 m d’envergure) que l’on puisse observer dans notre pays. Elle est visible à proximité du lac de mi-octobre à mi-mars, et c’est un spectacle magnifique de les voir par centaines recouvrir les digues ou les champs, à la levée ou à la tombée du jour. On en compte parfois jusqu’à 70000 !

Les origines du lac remontent loin, et sont liées aux crues de la Seine. En particulier la plus importante d’entre elles, dont on célèbre le centenaire cette année. Le zouave du pont de l’Alma quasiment submergé, les députés en barque, les passerelles dans les rues …

Les parisiens qui ont vécu cet évènement durant de longues semaines en 1910 en ont été profondément marqués, mais il a fallu attendre plus de 60 ans pour rendre opérationnel un barrage-réservoir sur la Marne. Trois villages engloutis, des centaines d’habitants déplacés, la réalisation du lac de Der fut loin d’être un long fleuve tranquille … L’arrivée des oiseaux du Nord, qui peu à peu ont adopté cette petite mer intérieure, contribua certainement à cicatriser les plaies, et ouvrit l’ère du développement touristique de la région. Pour jouer pleinement son rôle régulateur, le lac connait un marnage annuel : on commence à le vider en été, et jusqu’en décembre, et sa surface passe peu à peu de 4800 ha à près de 1000 ha. Ce qui révèle un paysage original, avec ses vieilles souches, derniers témoins d’un passé pas tout à fait enfoui … Il y a quelques semaines, France Culture a consacré une émission à cet évènement marquant de l’histoire de l’aménagement du territoire. Elle est encore disponible pendant quelques jours sur le site de la radio :
La mémoire de l’eau – Villages engloutis sur la surface du lac de Der

Toutes les photos de cet article (sauf celle de la crue de 1910) ont été prises par Pascal Bourguignon, photographe installé au bord du Lac. C’est l’un des créateurs du festival international de photographie animalière et nature, qui se déroule tous les ans à Montier-en-Der. Il est l’auteur, avec Philippe Huet, d’un livre sur le Lac : « Lac du Der : eaux et lumières » (Hesse).
http://www.decliceditions.com/
http://www.pascalbourguignon.com/

Liens :
Le site officiel du lac de Der : http://www.lacduder.com/index.php
Le site de l’institution des barrages-réservoirs du bassin de la Seine : http://www.iibrbs.fr/

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