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le lien de tous ceux qui pagaient en eau salée

Groenland 2004

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Article paru dans le n° 111, p. 41 à 44.

par Philippe Cormont et Carole Beaudouin

Groenland, pays vert… il y a quelques années, lors de notre tout premier stage « initiation et découverte du KdM » à l’Auberge de Jeunesse de Paimpol [merci Guy ! (1)], on remarque sur la plaquette de présentation des activités de l’AJP l’organisation d’expédition au Groenland. On se dit qu’un jour, peut-être, avec plein de si…

5 ans plus tard, fin juillet, Carole, Gilles, Nicolas et moi nous envolons rejoindre Yann à Illulisaat. Après 18 mois de préparation, nous partons pour un périple de 6 semaines en suivant la côte ouest vers le Sud. Je ne souhaite pas faire un récit — qui devrait s’écrire à 10 mains — de cette aventure, mais plutôt essayer de partager avec vous quelques enseignements, qui n’engagent que moi, de cette expérience.
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Les kayaks :

Trois Kodiaks avec gouvernail de Prijon et deux Arktika Ultima de Polyform. Le rangement est plus simple avec les kodiaks et le gouvernail est un net atout sur la distance, toutefois, les vagues plus ou moins déferlantes par trois quart arrière forcent sur le gouvernail et impriment un violent mouvement de remontée d’une seule pédale du palonnier, et donc d’un pied ce qui surprend et déséquilibre. L’Arktika navigue mieux (il est plus bas sur l’eau, plus rapide et maniable), mais reste moins spacieux et, comme il faut charger sur les ponts, offre ainsi une prise au vent plus importante qu’habituellement. Pour les portages, utilisez des sangles.


L’équipement du Kayak :

Outre l’équipement habituel, on avait des sacs de pont pour y ranger les vivres de course, les lunettes, bonnet, etc. De mon point de vue, c’est indispensable (et en plus parfois cela casse un peu les vagues).

Pour la propulsion, on a utilisé des pagaies réglables en angle. Nous les avons décroisées très vite évitant ainsi les tendinites.

 

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Le temps :

Très variable (euphémisme), mais tout de même à dominante froide et humide avec du vent, voire, vers la fin, un peu de neige visible au-dessus du campement. 2 réveils accompagnés de givre.

Du coup pour l’équipement, il faut privilégier les imperméables déferlants où l’eau glisse bien sur le vêtement. Si vous prenez 1,2 jours sur place pour vous équiper il y a tout ce qu’il faut comme matériel de terre avec des tas de modèles inconnus en France. Mais c’est tout de même un peu risqué… ça peut être une bonne idée pour trouver du matériel à l’arrivée avant d’en préparer une autre !

Le climat peut être vraiment dur, le temps très changeant, le couple infernal pluie et vent est très usant, car il y a peu de hauteurs ou d’abris à proximité des côtes. Un bon essai serait de naviguer en hiver en Bretagne ou au printemps en Écosse (pour la pluie) sur une semaine et d’en tirer un bilan honnête en terme de matériel et de votre capacité à supporter un tel climat en sachant que les conditions seront certainement un peu plus difficiles au Groenland. La météo y est en tout cas un art difficile.

 

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Sur l’équipement :

Nous avons cherché des vêtements imperméables, respirants, légers, robustes, etc.… Bon il ne faut pas rêver, rien ne supporte 6 semaines de kayak au Groenland, les vêtements étanches finissent par être poreux, notamment pour le siège (utile d’avoir un mini siège en silicone) et ce, sans rémission. Il faut donc être attentif au sous-vêtement et s’attendre à vivre humide (pour moi : avant bras et fesses). Bien sûr, proscrire le coton.

Les sacs genre Tati (en plastique avec fermeture éclair) de grande contenance sont très utiles pour faire navette du kayak au camp, pour ranger les affaires le soir…


Mon équipement habituel sur l’eau :

Anorak + bas de kayak étanches YAK, micro polaire basique, haut + bas HH, chaussettes anti microbiennes très fines et chaussettes polaires HH. Vers la fin du voyage, la fatigue et le mauvais temps aidant, on a tendance à rester habillé pareil, d’où l’importance d’avoir du bon matériel. Il est préférable d’avoir peu de matériel, mais déjà testé et bien adapté. De plus, cela réduit la charge. Nos sacs d’affaires personnels pesaient tout compris entre 12 et 14 kg.

Gants protection en néoprène sans paume (de toute manière les mains seront mouillées) trouvés chez Decathlon. Cagoules (plus adaptées qu’un bonnet), ou casquettes en laines polaires (évitez les casquettes réglables à l’arrière avec un trou au niveau de l’occiput), Bottes Chotta (géniales !, s’utilisent également à terre).

Lunettes indice 4 couvrantes/lunettes de glacier. La luminosité est forte et il peut faire jour très longtemps soit 24h au démarrage de notre périple.

 

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Mon équipement habituel à terre :

Collants sans pieds, pantalon (windy summit) + haut de Francital (Arktika extrem) (a posteriori, le haut et bas ne sont pas assez déferlants/imperméables d’où un sur pantalon imperméable).

Micro polaire, veste (Samarcande) Francital (très bien).

Gants en polaire

Cagoule polaire (il faut couvrir l’occiput),

Chaussures basiques de moyenne montagne (Carole a pu mettre ses tongs à fleurs quelques fois).


Dormir, manger :

Ton meilleur ami est ton duvet, c’est un élément très important à traiter avec soin et à préserver jalousement de l’humidité. Nous avions majoritairement des Snugpak (Softie -10 °C confort — c’est pas facile à renter dans un Arktika mais cela garantit des nuits chaudes — achetés via internet en Angleterre. Un sac à viande en soie, très utile pour un surplus de chaleur et protéger le duvet de la crasse qui s’accumule.

Un bol et une cuillère en plastique, un quart en métal isotherme, un couteau.

Nous avions une tente tipi, collective pour 6-8, c’est vraiment très utile et pratique dès que l’on se pose un peu, lorsqu’il pleut beaucoup ou pour attendre une météo plus clémente.

Pour dormir, tentes pour 2/3 personnes à arceaux avec avancée protégée (nécessaire).


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Se repérer

À hauteur de kayak dans des archipels de dizaines d’îlots, avec le brouillard ce n’est vraiment pas simple à certains endroits (bravo Yann). Par ailleurs, l’air est extrêmement pur. Vous pouvez voir, sur les hauteurs, à des dizaines de kilomètres. Il faut un certain temps pour s’habituer à cette nouvelle perception des distances.

Cartes papiers à acheter en France, car elles ne sont pas simples à trouver sur place voire inexistantes. On avait un GPS sans cartes intégrées.

Nourriture :

Repas et collations types par jour et par personne :

 

  • Vivres de course : +/ — l’équivalent de 4 barres ou 2 tablettes de chocolat par jour
  • Petit déjeuner : Pain, boissons chaudes, beurre, confiture, céréales, lait.
  • Pauses : Thé/café soluble avec l’eau de thermos chauffée le matin ou le midi.
  • Déjeuner : 2 soupes dont une de nouilles avec de l’eau chauffée à chaque pause déjeuner.
  • Dîner : Féculents, viande/poisson, desserts lactés.

     

La faim croît avec le temps. Les derniers jours, nous avions tout le temps faim, même si l’on avait de quoi subvenir à nos besoins physiologiques.


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État physiologique et psychologique

Le rythme s’acquiert assez vite, les principales douleurs sont musculaires, les muscles se forment pour répondre à la sollicitation. Une fois cette phase accomplie, on trouve son rythme et cela peut continuer longtemps. Physiquement, on se « fatigue » jusqu’à la troisième semaine puis, le corps s’habitue et l’on remonte bien la pente.

Psychologiquement, la fatigue a tendance à aveugler d’autant qu’il s’agit d’une lente usure, moins perceptible qu’un effort violent. Il vaut mieux dormir et se reposer avant de prendre des décisions importantes. Sinon, autant ne pas trop compter sur sa volonté, elle ne suffit en aucun cas à tenir la distance, si vous ne dormez pas bien et êtes humide en permanence, par exemple, cela ne passera pas ou alors dans une grande douleur masochiste. Evidemment les relations dans le groupe sont tributaires de cette évolution, c’est d’autant plus important d’avoir une équipe soudée dès le départ, d’accord sur les points essentiels, car les désaccords pompent beaucoup d’énergie.

Adage utile : Mange et dors dès que tu peux.

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Sécurité :

Une balise Sarsat et un téléphone satellite.


Les trucs que si j’avais su… 

J’emmènerais, par ordre, un siège tripode pour la terre (que des avantages), un coupe-vent différent, un couvre siège en silicone pour le kayak, des boules absorbent odeur pour les pieds, un bob en coton pour « le » jour de grand beau temps chaud avant la tempête !


Conseils en vrac :

Éviter le thé du soir malgré le réconfort sinon cela oblige à se lever en pleine nuit (ou jour) pour se soulager et c’est vraiment désagréable.

Se laver régulièrement en entier (oui oui à poil et plouf dans l’eau).

Nous avons eu quelques rares passages « engagés » en kayak, mais surtout une grande variété de types de mer. Par exemple, on s’est retrouvé dans un couloir étroit qui ressemblait à une rivière alors qu’il s’agissait d’un bras de mer parallèle à la côte ; aussi, lorsqu’on s’est présenté à ce passage avec un contre-courant très fort, il a suffi de manger des moules en attendant que la marée s’inverse. Nous sommes alors passés, portés par le courant.

Par ailleurs, on traverse de nombreux fjords alimentés par des fontes de glaciers, ce qui peut provoquer des courants importants et des zones de cisaillement.

Le marnage est peu important, mais suffisamment significatif pour y prêter attention et ne pas se laisser avoir.

Il existe des tas de cabanes de pêche, proches de la côte, qui sont le plus souvent ouvertes et confortables. Les Groenlandais y vont en mai-juin pour y pêcher le saumon de l’année qui restera dans un gros congélateur et également pour y chasser le caribou.

Avant de partir, faire du gras.

Il existe des petites échoppes dans chaque village vendant des produits de base et tout ce qu’il faut pour pêcher.


Ah oui, un dernier conseil tout de même, allez voir par vous même ; pagayer à 2h du matin sous le soleil au milieu d’icebergs gigantesques, entendre et sentir l’étrave écarter des glaçons, voir la porte d’Asgard, goûter du matak de marsouin ou se gaver de saumon, entendre le seul bruit de sa pagaie encerclé de brouillard, tout cela ne s’oublie pas et en plus, après t’es beaucoup plus à l’aise dans le Trieux (quoique !).


En chiffres :

903 Kilomètres d’Illulisaat à Nuuk.

32 jours de navigation (dont 17 non stop). Les jours de repos sont ceux où l’on ne pouvait naviguer.

Étapes entre 3,8km (la plus courte mais pas la plus rigolote !) et 48 km.



  • Guy Cloarec.

 

  Yann Lemoine (2), Nicolas Chainier, Gilles Pindat, Carole Beaudouin et Philippe Cormont.

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